Normil Rameau : Premier plongeon dans la corruption ?

Normil Rameau : Premier plongeon dans la corruption ?

  • À PEINE ÉLEVÉ À L’INSPECTION GÉNÉRALE DE LA PNH
  • Stratégie pour sévir contre les manifestants… par Léo Joseph

Le phénomène de la corruption peut se révéler difficile à combattre, en Haïti, tant que persiste le statu quo établi par le système politique PHTK (Parti haïtien tèt kale). C’est la conclusion entraînée par les faveurs spéciales qui ont été offertes au nouvel inspecteur général de la PNH, Normil Rameau, jadis connu comme limier, dans la recherche des acteurs de la corruption. Suite à la mise à la retraite de Ralph Stanley Jean Brice, pour être remplacé par Hervé Julien, Rameau semble avoir perdu peu de temps à faire partie du club des corrompus. Ce qui signifie une collaboration sans faille avec l’Exécutif dont on connaît déjà les dérives. Moins de six semaines après avoir pris les commandes, à l’Inspection générale de l’institution policière, l’administration démissionnaire dirigée par Jean Michel Lapin s’est prise de sympathie pour le nouvel inspecteur général en offrant un poste diplomatique à sa femme. M. Brice a été mis en disponibilité, dans le cadre de la nouvelle stratégie développée par Jovenel Moïse pour se colleter avec les manifestations dont les barricades les rendent quasiment invincibles.

Mme Rameau vient d’être nommée première secrétaire à l’ambassade d’Haïti à Santiago, au Chili. Dans la pratique haïtienne, il s’agit d’une marque de distinction par laquelle son mari, nouvellement investi du rôle de directeur général de la PNH, va apporter une étroite collaboration par rapport à la politique sécuritaire du pouvoir. Comme, par exemple, le déploiement de troupes de la PNH, lors de la manifestation organisée dimanche (17 octobre) par les policiers. Cette mesure a été prise pour empêcher que les citoyens ne viennent se joindre au mouvement.

Ralph Brice est puni, Hervé Julien récompensé

La dernière réforme instituée dans la PNH témoigne de l’en- durcissement de l’attitude de Jovenel Moïse et de ses collaborateurs à l’égard de l’opposition. Cela implique la substitution de Ralph Stanley Jean Brice jugé «douillet» dans son traitement avec les opposants, se montrant «trop sévère» à l’égard des «défenseurs du président», les agents porteurs de l’uniforme de l’Unité centrale de sécurité du Palais national (UCSGPN), et son remplaçant par Hervé Julien. Ayant la gâchette facile, car recevant carte blanche de Jovenel Moïse, ces policiers dévoyés sont rappelés à l’ordre par Brice, toutes les fois que le scandale de leurs actes criminels fait la une dans le presse.

Ralph Stanley Jean Brice ne laissait jamais passer l’occasion de tirer les oreilles à ces policiers qui donnent ainsi à fond dans le crime. Selon des sources dignes de foi, il n’aurait pas abondé dans le sens de la tendance de la présidence à rejeter la demande des policiers de s’organiser en syndicat, afin de défendre leurs intérêts collectifs.

On rapporte aussi que Moïse a passé des instructions pour que les meneurs du mouvement de revendication des policiers soient traités avec «la dernière rigueur». Selon ces mêmes sources, le pouvoir s’apprête à déclencher une vague de répression contre eux. À cette fin, dit-on encore, Jovenel  Moïse aurait offert des primes à des policiers triés sur le volet à qui il aurait donné carte blanche pour agir contre ceux qu’il qualifie de «rebelles».

Des sources proches de la PNH mettent les meneurs de la contestation, au sein de l’institution policière, en garde contre des «frères d’armes» qui seraient sur la liste des victimes de policiers totalement gagnés à la cause de Jovenel  Moïse. On laisse croire que ces derniers auraient reçu l’ordre de ne pas hésiter à faire feu, même sur des frères d’armes qui «ont fait défection».

Alors que Ralph Stanley Brice déméritait, aux yeux de Jovenel Moïse, pour avoir hésité à repousser les revendications des policiers et à décourager les actes de violence perpétrés à l’encontre des manifestants, Normil Rameau semble afficher une attitude toute autre. C’est ce qui lui aurait valu d’être choisi pour remplacer Michael Gédéon. Il aurait, dit-on, donné des garanties que sa collaboration sera totale par rapport à la politique sécuritaire de Moïse. La nomination de sa femme à cette fonction diplomatique, au Chili, s’inscrit dans le cadre de l’entente auquel il était parvenu avec l’occupant du Palais national.

Un haut gradé de la PNH, qui prétend être proche de Rameau, a laissé entendre que le nouveau directeur général de la PNH s’est laissé prendre au piège par le régime Moïse-Lapin évoluant dans l’illégalité totale. Puisque, sans avoir été ratifié par le Sénat de la République, l’Exécutif l’a poussé à prendre des décisions pour lesquels il sera obligé de rendre compte. La promotion accordée à Hervé Julien pourrait éventuellement le mettre sur la sellette.

Toutefois, il y a lieu de souligner que la nomination de Julien s’inscrit dans le cadre d’une stratégie menée conjointement par Jean Michel Lapin et Jean Roudy Aly.

En effet, alors que M. Rameau se trouvait en voyage, à la capitale américaine, et dont l’une des missions consistait à remettre, aux Américains, le rapport d’une enquête qu’il avait lancée sur son prédécesseur, l’occasion a été saisie pour mettre Brice à pied. Selon les dispositions en vigueur, c’est à lui qu’il appartient la responsabilité d’épingler sur les épaules de Julien l’étoile l’élevant au grade de directeur général en chef de la PNH, au lieu du directeur général de l’institution. Mais Lapin s’était approprié cette prérogative.

D’autres sources ont précisé que l’apport conduite sur Gédéon, par Rameau, se justifie, aux yeux des Américains, parce que la gazoline de la PNH que celui-là auraient été accusé d’avoir détournée est financée par les États-Unis.

Pris dans une telle souricière, Normil Rameau risque d’être condamné à faire la sale besogne de Jovenel Moïse contre les manifestants. L.J.


cet article est publié par l’hebdomadaire Haïti-Observateur édition du 20 novembre 2019 Vol. XXXXIX No.45, et se trouve en P. 1, 7 à : http://s-dd.ca/wp-content/uploads/2019/11/H-O-20-novem-2019.pdf