HAITI : le rôle assumé par le CORE Group sévèrement critiqué….

DES DIPLOMATES ÉTRANGERS ACCUSÉS DE PRÉJUGÉ FAVORABLE ENVERS JOVENEL MOÏSE

  • Rumeurs de scandale de pots de vin..
  • Le rôle assumé par le CORE Group sévèrement critiqué….

La mobilisation générale déclenchée à l’échelle nationale pour exiger le départ de Jovenel Moïse risque de monter la population haïtienne contre des diplomates accrédités en Haïti, dont l’intervention «en faveur» du président haïtien est  taxée de partisanerie, voire de «préjugé favorable» envers lui. Dans la foulée des manifestations drainant des millions de citoyens dans les rues de la capitale, Port-au-Prince, et les autres villes de province, de graves accusations faites par un journaliste-activiste contre des membres du Corps diplomatique ont le potentiel d’entraîner des investigations aux conséquences incalculables.

En effet, Joël Deeb, directeur de l’organe de presse en ligne Omega News et activiste qui intervient régulièrement dans les média sociaux, dans le cadre de la campagne anti-Moïse, a fait des révélations fracassantes et spectaculaires selon lesquelles l’équipe dirigée par Jovenel Moïse a versé des millions à quatre diplomates, qui auraient été déposés à des comptes numérotés dans la principauté du Liechtenstein, en Europe. M Deeb affirme avoir fait ces révélations afin d’exposer les méfaits de ces diplomates qui, selon lui, foulent au pied les droits du peuple haïtien en s’acoquinant avec le président haïtien.

Dans sa déclamation, qu’il a faite sur WhatsApp, le président d’Omega News a révélé que «les ambassadeurs des États-Unis, de France, du Canada et d’Espagne» ont bénéficié chacun de la somme de USD 5 millions $ qui ont été déposés à une banque non identifiée du territoire susmentionné. Il s’agit d’une affaire sérieuse, une accusation qui risque de ternir irrémédiablement l’image des diplomates en poste en Haïti. D’aucuns affichent une certaine réticence à prendre de telles révélations pour argent contant, mais Joël Deeb tient mordicus qu’il a obtenu ces informations d’une «source digne de confiance».

En effet, contacté par Léo Joseph d’H-O, il a dit avoir été contacté par des autorités du «Federal Bureau of Investigation» (FBI), suite à ses révélations, précisant que les conversations téléphoniques qu’il a eues avec elles ont été suivies d’une rencontre. Joël Deeb a affirmé, en outre, lors de cette interview à Léo Joseph, que le représentant du FBI était accompagné de deux collègues de «Sûreté nationale» de France. Il prétend que les deux agents français avaient effectué le déplacement exclusivement, en vue de l’interviewer, en présence de leur collègue du FBI. Les agents des deux pays ont voulu établir la crédibilité des faits étalés par Deeb, en sus d’obtenir de lui les documents pertinents aux enquêtes qui allaient être lancées. Aussi, après avoir consulté les documents présentés par ce dernier, ont-ils demandé à en obtenir des copies.

Et Joël Deeb de préciser encore que le représentant du FBI avait pu trouver une photocopieuse disponible au restaurant où s’était tenue la rencontre, pour faire des copies pour lui-même et les agents de la Sûreté nationale de France.

Avant de prendre congé de lui, a laissé entendre M. Deeb, l’agent du FBI lui a sollicité la courtoisie de se garder de publier certaines informations relatives à ce dossier avant la conclusion de l’enquête suivie de la mise en accusation des personnes indexées. Encore selon lui, dans la mesure où l’enquête en question aurait été lancée depuis environ trois mois, le délai prévu devrait aboutir dans un mois encore.

Chaque individu a son prix ?

La corruption et le blanchiment d’argent ne sont pas des phénomènes nouveaux dans la politique haïtienne. Excepté que, sous les deux régimes des Duvalier (François et Jean-Claude), mais surtout sous fiston Duvalier et Jean-Bertrand Aristide, époque où les gouvernements détournaient les fonds publics pour payer des lobbyistes, les politiciens américains pour se faire insinuer dans les bonnes grâces du gouvernement américain. En ce temps-là, le pays avait peu de ressources et ne pouvait offrir des millions en pots de vin. De telles propositions indécentes aux très rares diplomates dévoyés se limitaient à USD 100 000 ou 200 000 au maximum. Mais Papa Doc se croyait autorisé à faire la remarque suivante : «Chaque individu à son prix» («Chak Nèg gen pri li)».Il devait avoir une bonne raison de tenir pareil langage.

Contrairement aux autres diplomates, l’ambassadeur noir Clinton Knox, qui avait entretenu de bonnes relations avec Duvalier père, continuait à avoir la même attitude à l’égard de Jean-Claude Duvalier, en dépit de la politique répressive de ce dernier. Ce qui détermina des militants à kidnapper M. Knox. Les kidnappeurs du diplomate américain avaient exigé la libération des prisonniers politiques qui croupissaient dans la prison de Fort-Dimanche, en sus d’une rançon d’USD 75 000 $. Seulement une douzaine de prisonniers politiques furent libérés, les autres avaient succombé aux mauvais traitements qu’ils avaient subis.

On rapportait, parla suite, que l’ambassadeur Knox avait reçu une somme d’argent dont le montant n’a pas été déterminé du régime des Duvalier, mais il avait eu soin de remettre l’argent au Département d’État. On peut alors conclure que l’ambassadeur Knox était tout à fait satisfait de ses émoluments de diplomate et qu’il ne s’était pas laissé séduire par les corrupteurs duvaliéristes.

Autres temps, autres mœurs

La mobilisation anti-Duvalier s’est soldée par la chute de la dictature installée par Papa Doc. Le pays était prêt à se lancer sur la voie de la démocratie. Mais avec l’avènement d’Aristide au pouvoir, dont les élections ont été qualifiées de premier scrutin démocratique, ont été enregistrées les premières tentatives de détournements de fonds publics, la pratique du trafic de drogue par les proches du président et le blanchiment des avoirs. Mais l’accord du programme Petro-Caribe, initié en 2018, sous René Préval, à la faveur duquel le président du Vénézuéla Hugo Chavez assurait la livraison de produits pétroliers aux États de l’hémisphère, avec les pays de la Caraïbe, y compris Haïti, au taux préférentiel de 1 % remboursable sur 25 ans, devait changer totalement l’attitude des dirigeants haïtiens.

Autres temps, autres mœurs : l’arrivée du prêtre-président au pouvoir a pavé la route à une nouvelle génération de fonctionnaires publics qui ont construit un pou- voir basé sur la corruption, un phénomène qui a débuté avec le père Aristide, pour continuer avec la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH). Avec les mêmes acteurs aux commandes du fonds de reconstruction d’Haïti que celui dérivé de la vente de produits pétroliers sur le marché national, les hommes et femmes au pouvoir se sont jetés à bras raccourcis sur les ressources du pays.

En effet, présidents, Premier ministres, ministres, directeurs généraux et d’autres nantis politiques et proches du pouvoir ont participé à une vaste conspiration pour escroquer le pays. Des millions distribués tribord et bâbord : détournés de fonds à des fins personnelles; des sommes faramineuses décaissées en mode de surfacturation à des compagnies, en paiements de travaux qui n’ont même pas été achevés, dans certains cas; des millions de dollars versés à des diplomates et autres hauts fonctionnaires étrangers sous forme de pots de vin. Les dirigeants du pays se croient autorisés à faire à leur guise avec la caisse de l’État. Voilà pourquoi, depuis son premier mandat, le président Aristide s’appliquait à rester au pouvoir, afin d’éviter que l’administration de son successeur n’intente de poursuites contre lui, en raison de ses dérives. Aussi a-t-il réussi à faire une passe courte à René Préval qui, lui-même s’est heurté à l’intervention de Hillary Clinton, alors secrétaire d’État. Celle-ci fit pression sur le président du Conseil électoral d’alors, Pierre-Louis Opont, pour qu’il donnât la victoire aux urnes à Michel Martelly, au détriment de Mirlande Manigat.

Avec Martelly au Palais national, ceux qui étaient impliqués dans le gaspillage du fonds de reconstruction d’Haïti était de tout repos. Le successeur de Préval allait parfaire l’œuvre de vol, de pillage et de détournements du fonds PetroCaribe et d’autres ressources nationales. Le quinquennat du chanteur du compas était marqué par des vols systématiques des caisses de l’État. À l’instar d’Aristide, Michel Martelly devait choisir son successeur pour éviter, lui aussi, d’être poursuivi pour les plus de USD 4,2 milliards $ du fonds PetroCaribe dilapidés.

Succédant Martelly au pouvoir, Jovenel Moïse se démène comme un diable dans un bénitier pour passer le pouvoir à celui-là. C’est la stratégie du PHTK, qui entend garder le contrôle du gouvernement pour les cinquante prochaines années.

Selon Jovenel Moïse, «ils ont tous touché»

Pour revenir aux révélations de Joël Deeb, Jovenel Moïse dit mettre n’importe qui au défi de le critiquer, car, a-t-il affirmé, «ils ont tous touché». C’est-ce qu’il a déclaré à ceux dans son entourage qui l’ont mis en garde contre ceux qui voudraient dénoncer ses dérives. Le chef d’État haïtien a déclaré sans ambages qu’il a été généreux envers trop de gens, «gare à ceux qui veulent afficher leur ingratitude».

Rappelons aussi que les personnes qui ont bénéficié du fond PetroCaribe sont complices, avec Jovenel Moïse et les individus épinglés dans le rapport de l’enquête de la Commission éthique et anti-corruption du Sénat ainsi que celui de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif pour empêcher que soit tenu ce procès.

De toute évidence, les révélations de Joël Deeb risquent de déclencher un méga scandale qui est susceptible de se greffer sur le dossier PetroCaribe, qui pourrait même faire rebondir l’affaire con- cernant le gaspillage du fonds de reconstruction d’Haïti pour laquelle la communauté internationale avait contribué plus de $ 4 milliards $. Rappelons aussi que la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH) était co-présidée de l’ex-président démocrate Bill Clinton et l’ex- Premier ministre de René Préval, Jean Max Bellerive.

La presse internationale avait dénoncé le gaspillage du fonds de reconstruction d’Haïti sans que rien n’ait été fait pour savoir comment avait disparu cet argent et les personnes qui étaient responsables d’un tel gaspillage.


cet article est publié par l’hebdomadaire Haïti-Observateur, édition du 9 octobre 2019 Vol. XXXXIX no.40, et se trouve en P.1, 2 à : http://s-dd.ca/wp-content/uploads/2019/10/H-O-9-octob-2019.pdf