Pas question d’inclure Jovenel Moïse dans la solution de la crise

Pas question d’inclure Jovenel Moïse dans la solution de la crise

  • By Editor

Depuis qu’ont été lancées les démarches, en vue de trouver une solution à la crise socio-politique, dans laquelle sombre la nation, depuis déjà plus de deux ans, les secteurs désireux de conserver les privilèges garantis avec Jovenel Moïse au pouvoir ne cessent d’œuvrer pour qu’il en fasse partie de la solution. Ceux qui aspirent à jouer le rôle de Premier ministre, dans un «gouvernement de consensus», sous l’autorité de Nèg Bannann nan, croient avoir une meilleure chance d’y parvenir en comptant sur la communauté internationale. Alors que l’écrasante majorité des citoyens n’entend pas l’y inclure.

D’une nouvelle série de négociations à l’autre, les acteurs misent leurs ambitions non sur le respect des intérêts du peuple haïtien, mais sur la force des décisions prises par des diplomates étrangers soucieux de défendre des jugements passés à Washington, au Canada, en France ou dans d’autres capitales préoccupées d’imposer leurs volontés aux décideurs de Port-au-Prince. Les politiciens haïtiens en mal de pouvoir misent leurs espoirs sur les diplomates en poste en Haïti pour accéder au pouvoir, moins sur les citoyens qui les ont élus pour dé- fendre leurs intérêts. Aussi, après chaque ronde de négociations menées dans un des hôtels de la capitale, de nouveaux noms émergent comme des candidats potentiels au poste de Premier ministre, et mêmes de citoyens appelés à faire partie du Cabinet ministériel. Il semble que le peuple haïtien soit complète- ment écarté de la solution de la crise.

Toutefois, les femmes et hommes engagés dans ces négociations souterraines ignorent que le peuple haïtien, source de la souveraineté nationale, ne se fait pas partie prenante de leurs démarches. C’est pourquoi les discussions qu’ils mènent sous la supervision des représentants des organisations internationales, écartant les authentiques émissaires du peuple, ont avorté. La promesse faite au «Core Group» et à ses alliés, par Jovenel Moïse, en vue de la formation d’un gouvernement, avant l’année 2020, a tourné court. Les derniers scénarios de gouvernement qui alimentaient les rumeurs sur les réseaux sociaux n’ont pas abouti. Quand le peuple ne fait partie du projet, celui-ci n’a aucune chance de réussir.

En effet, les noms de l’ex-sénateur Déjean Bélizaire, de l’homme d’affaires Eric Jean-Baptiste, du sénateur Joseph Lambert, ainsi que ceux d’une série de citoyens, pour former le «gouvernement de consensus» annoncé pour saluer la nouvelle année, n’a encore pas donné de suite. La énième tentative d’accoucher d’un gouvernement sous le contrôle de Jovenel Moïse a débouché sur le néant. Voilà un autre exercice en inutilité qui risque d’en entraîner d’autres. Car, en mal de pouvoir, ces acteurs politiques persisteront dans leurs démarches tant qu’ils entretiennent encore quelque espoir d’accéder au pouvoir par le truchement des diplomates étrangers. Ce tourbillon politique persistera tant que les politiciens misent sur les diplomates pour construire leur fortune politique. Dans cet ordre d’idées, une nouvelle vague de négociations, encore sous l’égide de Jovenel Moïse, ne doit pas tarder à se lancer.

De toute évidence, on ne devrait pas s’étonner que les professionnels politiques haïtiens, ne chômant pas, aillent jusqu’à solliciter eux-mêmes «les bons offices» de la communauté internationale en vue de lancer de nouvelles négociations visant la résolution de la crise. Encore une fois, ils se mettront à la disposition de celle-ci souhaitant d’entrer dans ses bonnes grâces, dans le cadre d’une autre solution sous le contrôle de M. Moïse.

Sans le moindre doute, cette stratégie s’accorde bien avec les plans de Jovenel Moïse ne jurant que par boucler son mandat, en dépit des appels répétés du peuple haïtien pour qu’il quitte le pouvoir. En clair, ceux qui cherchent le pouvoir par l’intermédiaire de la communauté internationale, plutôt que d’aller directement au peuple haïtien, ne sont pas logés à la même enseigne avec ceux qui descendent dans la rue par millions pour exiger «la démission immédiate et sans condition» de Jovenel Moïse. Rien d’étonnant que les candidats aux hautes fonctions politiques, avec la bénédiction du président Moïse, obéissent à la volonté des représentants des pays étrangers.

Dans la mesure où ces politiciens en quête de pouvoir, en dehors du peuple haïtien, continuent de compter sur l’étranger pour prendre le pouvoir, ils persisteront à défendre les intérêts exogènes, restant des traitres potentiels à la nation. Il est donc aisé de comprendre pourquoi cette catégorie d’individus, qui disent agir au nom du pays, en réalité se mettent au service d’intérêts étrangers. Et rien n’autorise à croire qu’ils sont prêts à changer leur fusil d’épaule.

En tout cas, le secteur démocratique s’est montré fidèle dans la défense des intérêts nationaux, tout au long de la lutte pour le changement et la chute du régime Tèt Kale, durant plus d’un an. Il n’affiche aucune velléité de lâcher prise, malgré les actes de trahison qu’il a essuyés de la part de secteurs politiques ayant abandonné la lutte du peuple. Les fils et filles authentiques d’Haïti mettent le cap inexorablement sur la chute de Jovenel Moïse, assurés que la solution de la crise doit être trouvée par des Haïtiens, en dehors de toute participation de Jovenel Moïse


cet article est publié par l’hebdomadaire Haïti-Observateur, VOL.1 No 1 New York, édition du 8 janvier 2020, et se trouve en P. 10 à : http://s-dd.ca/wp-content/uploads/2020/01/H-O-8-January-2020.pdf