Jovenel Moïse reste à être éjecté du Palais national par Léo Joseph

INTERDIT D’ENTRÉE À LA CITÉ DE L’INDÉPENDANCE DE JOUR PAR LES GONAÏVIENS

  • Jovenel Moïse reste à être éjecté du Palais national par Léo Joseph
  • 2 toro pa gwonde nan menm savann…

Un proverbe typiquement haïtien dit ceci «2 toro pa gwonde nan menm savann» (Deux taureaux ne beuglent pas dans le même espace). Un autre s’exprime encore de manière presque identique «Chaque bourrique braie dans son pâturage». Les deux signifient que deux chefs ne peuvent diriger le même pays. C’est la leçon que lui a apprise la présidence annulée de Jovenel Moïse. Le peuple haïtien a déclaré finie la présidence de ce dernier, alors que les Gonaïviens l’ont déclaré persona non grata dans leur ville. Il a pris la précaution de s’éloigner de la Cité de l’Indépendance, le 1e janvier, jour anniversaire de l’indépendance d’Haïti. Même s’il persiste à refuser d’obtempérer à la demande collective du peuple haïtien de vider le Palais national, son verdict est scellé (out !).

En effet, la ville des Gonaïves l’a décrété sans appel : «Jovenel Moïse est persona non grata !» Il a bien compris le message. Il n’a pas mis les pieds à la Cité de l’Indépendance, le 1e Janvier 2020. Il a décidé, par lui-même, d’organiser un événement au Pa- lais national sans le grand panache traditionnel qui marque chaque année la fête nationale la plus grandiose que célèbre la nation entière.

On sait tout simplement que, à l’instar de la commémoration de la bataille de Vertièrres, le président décrié a fait organiser un rassemblement au Palais national/Champ de Mars, dont la relation a été pauvrement faite dans les média. La cérémonie du 1e Janvier, quant à elle, est passée inaperçue. Il semble que les journalistes l’aient tout bonnement boudée. Puisque, à part l’invitation qui a été lancée demandant à ceux qui voulaient y assister d’être présents à l’heure, soit à 8 heures du matin, on n’a pas entendu ni lu grand-chose dans les média. C’est tout ce qu’on a entendu de ce soi-disant événement. Même la présidence elle-même n’a pas émis un communique à ce sujet.

En effet, chaque année, les représentants de tous les organes de la presse écrite, télévisé électronique et en ligne suivent le cortège présidentiel avec tous le gouvernement, les dignitaires, les autorités civiles et militaires, ainsi que le Corps diplomatique pour assister à la fête de la nation, aux Gonaïves. Mais il n’en était rien cette année. On retiendra tout simplement que Jovenel Moïse avait quadrillé par des unités de la PNH et a fait ériger des barricades dans tout l’aire du Champ de Mars, afin de se protéger lui et ceux qui avaient la responsabilité de déposer des offrandes florales au pied des monuments érigés en honneur de ceux qui ont forgé la nation. Tout cela a été planifié pour tenir la grande masse du peuple haïtien éloignée de cette manifestation, les plus de 85 % de ceux qui exigent le départ de M. Moïse, contre une attaque possible des militants. Toutefois, il ne peut avoir la prétention de dire que l’opposition l’a empêché de réaliser ce spectacle grotesque d’un événement qui n’en était pas un.

Il semble que la présidence a honte de présenter son propre reportage sur cette assemblée, sachant que la grande majorité des invités l’ont boudée. Elle ne voulait pas prendre la chance de bafouer l’opinion en présentant un rapport mensonger de cette fête qui aurait attiré sur elle la critique de l’opposition. Aussi s’est-elle résignée à encaisser la honte qui lui a été infligée, voire même une humiliation encaissée de ses détracteurs.

Tout compte fait, quand viendra le moment d’infliger l’ultime coup de pied dans le cul pour lui signifier son expulsion du Palais national, le peuple doit lui rappeler qu’il devrait rembourser le salaire qu’il a touché en tant que chef d’État pour être présent à toutes les fêtes nationales, pour l’année 2019.

En effet, Jovenel Moïse n’a pas fait le déplacement traditionnel du 18 novembre, car il était absent à la commémoration de la Bataille de Vertièrres. Il était également absent, à Marchand-Dessalines (Artibonite), le 17 octobre, à l’occasion de la date commémorative de la mort de l’empereur Jean-Jacques Dessalines.

La nation se souviendra que Jovenel Moïse a saboté la version 2010 de la Fête de l’Indépendance d’Haïti, autre- ment dit le 216e anniversaire de l’Indépendance. Pour la première fois, après 215 années de leur libération de la servitude des Français, les Haïtiens n’ont pu célébrer cette date magique. Dans la mesure aussi où la date du 1er Janvier est l’occasion pour la nation de témoigner notre reconnaissance collective de peuple envers notre Libérateur, Jovenel Moïse commet un parricide. Dès lors, il rejoint les traitres du 17 octobre. N’est-ce pas une honte nationale que doit essuyer tous les Haïtiennes et Haïtiens où ils se retrouvent ?

Que peut-on retenir encore, pour parler de cette «réunion», que Jovenel Moïse baptise « fête de l’indépendance» ? Un défilé de militaires mobilisés s’identifiant définitivement avec lui, et non avec le peuple haïtien, car étant passés pour des assassins de jeunes militants exigeant la «démission immédiate et sans condition» de Jovenel Moïse. Mais cette phase d’un tel événement à vocation patriotique, qui, dans les circonstances normales, attire la grande foule des jeunes gens, s’est déroulée dans l’indifférence totale des uns et des autres. La grogne populaire est à son paroxysme; et les mécontents n’ont raté une seule minute pour signifier son ras le bol à l’intrus qui se retrouve encore au Palais national.

Gonaïves interdit à Jovenel Moïse

Après une série de manifestations anti-Moïse, à travers le pays, mais aussi aux Gonaïves, ce dernier n’a rien fait pour apaiser les mécontents en changeant sa politique stérile qui a entraîné le pays dans le gouffre économique et à cesser de multiplier ses mensonges et les promesses non tenues. Au lieu de changer son fusil d’épaule, il a jugé plutôt mieux gazer et matraquer les manifestants. D’où la radicalisation de la mobilisation et le point de non-retour et la rupture définitive entre le Palais nationale et les forces de l’opposition. Au Gonaïves, il a perdu tous les moyens de renouer avec les masses populaires. Gonaïves déclare le chef de l’État «persona non grata».

Sans doute mal conseillé par des membres inexpérimentés de son équipe, la condamnation de Jovenel Moïse restera sans appel. Face à la mobilisation radicale, il oppose la force brutale : gaz lacrymogènes, matraque, balles en caoutchouc, voir balles réelles. Les agents de l’ordre ont la gâchette trop facile. Des dizaines de tués par balles dans six semaines de mobilisation. En face, du gouvernement : barricades enflammées, des cas de pillages, jets de pierres.

Lors des derniers affrontements policiers-manifestants, fin décembre, un militant est tué par un chef de gang proche de Jovenel Moïse. Aucune volonté de faire appliquer la loi contre lui. À ce stade des hostilités, plus de réconciliation possible. À quelques jours seulement du Nouvel An, la date de célébration officielle de la date de l’Indépendance, le peuple des Gonaïves rappelle au président qu’il ne peut pas mettre les pieds dans la métro- pole de l’Artibonite.

Moïse a tenté un débarquement nocturne, mais s’est empressé de vider les lieux, une fois les foules mobilisées pour se lancer après lui. C’est précisément avec les nouvelles armes et munitions, en sus de l’argent qu’il était venu livrer à ses gangs que ces derniers ont orchestré le massacre dans lequel Mécène Cénoble a été tué à Raboteau.

Sur ces entrefaites, les habitants de la Cité de l’Indépendance ont déclaré que la veillé de Me Cénoble sera tenue dans la soirée du 31 janvier, sur la Place d’Armes des Gonaïves où seront aussi chantées ses funérailles le lendemain (Fête de l’Indépendance).

Par ailleurs, un groupe de jeunes de l’Artibonite, au nom des jeunes du Grand Nord, ont adressé une lettre ouverte au Mgr du Diocèse lui demandant de ne pas chanter le Tedeum traditionnel du 1er Janvier.

Avec les funérailles de Cénoble prévues pour être chantées sur la Place d’Armes, qui se trouve en face de la Cathédrale, la grande manifestation prévue n’aurait pas permis à Jovenel Moïse d’assister à la Fête de l’Indépendance.

De toute évidence, M. Moïse n’a pas eu droit de cité aux Gonaïves, à l’occasion de la Fête de l’Indépendance.

Les citoyens des Gonaïves ont démontré clairement qui est maître de la ville; et le peuple haïtien, qui est chef du pays. Jovenel Moïse ne peut fouler les rues de la ville, excepté la nuit. De même, il ne peut aller où il veut, et quand il veut, n’importe où dans le pays, sans se précipiter pour éviter d’être intercepté par les citoyens en furie. Ce qui avait occasionné un terrible accident à Torbeck, à une douzaine de kilomètres des Cayes, dans le département du sud. Le cortège présidentiel revenait de Tiburon, dans l’extrême sud de la péninsule, où il avait été assisté à l’inauguration de deux panneaux solaires, un projet privé qui a été réalisé par une Organisation non gouvernementale.

Ce n’était même pas une réalisation du gouvernement. Dans les milieux proches du pouvoir, on laisse croire que Moïse a fait le déplacement après avoir demandé aux propriétaires de lui donner l’opportunité d’inaugurer les deux panneaux solaires. Il voulait donner le change à la population par rapport à sa promesse non tenue de doter le pays d’électricité 24 heures sur 24, et 7 jours par semaines.


cet article est publié par l’hebdomadaire Haïti-Observateur, VOL.1 No 1 New York, édition du 8 janvier 2020, et se trouve en P. 1, 3 à : http://s-dd.ca/wp-content/uploads/2020/01/H-O-8-January-2020.pdf