Aucun sacrifice n’est trop grand pour libérer Haïti de Jovenel Moïse ! Par H-O

ÉDITORIAL

  • Aucun sacrifice n’est trop grand pour libérer Haïti de Jovenel Moïse ! Par H-O

De tous les chefs d’État dont la médiocrité administrative et la criminalité contre le peuple haïtien ont été dénoncées, depuis la création de la République, Jovenel Moïse est le pire à signaler. C’est le constat qu’a fait l’écrasante majorité des citoyens, avant même qu’il n’ait bouclé la moitié de son quinquennat. Les millions de manifestants qui investissent les rues, tant à la capitale que dans les villes de province, pour exiger sa démission «immédiate et inconditionnelle», témoignent du ras-le-bol général qu’il suscite. Sans le moindre doute, le peuple haïtien n’a aucune intention de voir Nèg Bannann nan passer un seul jour de plus au Palais national, au-delà de la date à laquelle son expulsion est décrétée.

En effet, comme aurait dit le professeur Leslie F. Manigat, Jovenel Moïse ne passera «pas un jour de plus» au Palais national, une fois désigné le juge à la Cour de cassation appelé à assurer la présidentielle intérimaire. Après tout ce que le pays a subi avec M. Moïse, on peut comprendre l’acharnement des citoyens à se défaire de lui. Aussi les secteurs qui sont à l’origine d’une stratégie visant à retarder cette échéance risque-t-ils d’essuyer la vindicte populaire. En ce sens, dans la mesure où, dans le cadre du processus de changement de président, les adeptes d’une option autre que celle de la Cour de cassation sont perçus comme œuvrant pour faire retarder le résultat, ces derniers risquent d’être confrontés à la colère du peuple.

En clair, la manière dont se sont déroulées les rencontres, à l’hôtel Marriott, les 8 et 9 novembre 2019, des entités opposées au président décrié, montre clairement qu’un accord a été trouvé autour d’un objectif commun : la démission pure et simple de ce dernier. Dans le communiqué émis à cet effet, la nation et le monde entier ont été avertis que «La Passerelle informe la population que l’Alternative consensuelle, l’opposition institutionnelle, Mache Kontre, le Forum patriotique, le Bloc démocratique pour le redressement national, ainsi que les représentants de plus d’une centaine d’organisations de divers secteurs de la société civile et du secteur privé d’Haïti ont trouvé un accord de deux points, à la fin de la deuxième journée de table ronde qu’a organisées la Passerelle».

L’accord prévoit que la première tâche à accomplir consistera à remplacer le président par un juge de la Cour de cassation. En deuxième lieu, la formation d’un comité de 7 membres pour déterminer le nom du juge. Ensuite, prévoit encore l’accord, le Premier ministre sera nommé par la Commission «composée de représentants des différents blocs politiques de l’Alternative, dont la branche institutionnelle de l’opposition, Bloc démocratique, Forum de Papaye, Mache Kontre et la Société civile vont ensemble le désigner sous critères. Ensuite, le président et le Premier ministre, de concert avec les partis politiques, formeront le gouvernement».

Tout le pays, et le monde entier avec lui, a été choqué d’apprendre que Fanmi Lavalas, le parti politique de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide, s’est opposé à la signature du document, prétextant son rejet du choix d’un juge issu de la plus haute Cour de justice du pays pour combler le vide laissé par le président démissionnaire. Cela signifie que l’unité n’est pas faite autour de la solution visant à forcer Jovenel Moïse à démissionner. Mais avec une écrasante pluralité de 90 % de l’opposition, on ne saurait parler d’unanimité, qui n’est pas valide en démocratie.

Dans de telles circonstances, il y a fort à parier que l’abstention de Lavalas, par rapport à la solution consensuelle moins Lavalas, qui s’est dégagée de l’accord de l’hôtel Marriott, s’inspire de Jean-Bertrand Aristide, qui a opté, de préférence, pour faire partie du problème. De toute évidence, dans la lutte contre Jovenel Moïse, le prêtre défroqué se trouve aux antipodes du peuple. Pour un homme politique qui s’est identifié au secteur populaire lorsqu’il était prêtre, à Saint Jean Bosco, ses options politiques ont «évolué» depuis qu’il s’est embourgeoisé. En ce sens, son itinéraire social et celui de Moïse se rencontrent. C’est ce qui explique son attitude ambiguë dans la lutte que mène le secteur démocratique et populaire depuis déjà plus d’un an pour obtenir la démission de Nèg Bannann nan.

En effet, tout au long de la mobilisation anti-Moïse, ces derniers mois, toutes les fois que celui-ci est acculé par l’opposition, M. Aristide adopte une décision ayant pour conséquence le sortir du mauvais pas. Dans le cadre des dernières négociations menées pour aboutir à une solution de sortie de crise, le prêtre de Saint Jean Bosco et Lavalas ont opté pour la solution jugée favorable au maintien de Jovenel Moïse en poste.

À bien considérer, légalement, Moïse et Aristide sont logés à la même enseigne. Puisque, inculpé pour blanchiment des avoirs depuis avant sa prestation de serment, le 7 février 2017, celui-là se trouve également confronté à des poursuites judiciaires dans les détournements du fonds PetroCaribe, lui et ses deux compagnies, Agritrans et Betexs étant cités plus de 60 fois dans le dernier rapport de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSC/CA). Cette dernière l’accuse d’avoir participé à «un stratagème de détournement de fonds». Quant à l’autre, il redoute que le contexte de l’après Moïse ne soit dominé par des demandes de justice pour les victimes des caisses d’épargne, dites «coopératives», qui avaient perdu des millions sous son administration.

Hormis les toutes premières transactions bénéficiant d’intérêt de l’ordre de 25 %, les dépôts effectués par la suite, placés dans un système d’épargne à la Ponzi, ont coûté des dizaines de millions de dollars à des familles entières qui y avaient investi toutes leurs économies. Des centaines de familles en diaspora également, pour la plupart des fanatiques d’Aristide et des sympathisants de Lavalas, n’avaient pas hésité à faire la demande d’un second prêt hypothécaire sur leurs propriétés pour investir dans les caisses d’épargne, les gros avantages et le bénéfice de celles-ci ayant été hautement recommandés par M. Aristide.

Par ailleurs, pour avoir détourné des millions du fonds de la Téléco, l’ex-président Aristide avait été l’objet d’un procès intenté contre lui par-devant une Cour fédérale, à Miami, par le gouvernement intérimaire Alexandre-Latortue. Mais immédiatement après son entrée en fonction, en 2006, René Préval s’empressait de renoncer à ce procès, libérant Aristide ainsi de toute responsabilité envers l’État haïtien ou à l’égard des épargnants. À l’instar de Jovenel Moïse, qui joue pieds et mains pour éloigner de lui les éventuelles poursuites découlant de l’affaire Petro-Caribe, Aristide fait tout en son pouvoir pour éviter d’avoir à rendre compte des fonds de la Téléco détournés et à éloigner de lui les poursuites éventuelles qui sont susceptibles d’être lancées contre lui par des sociétaires qui ont été allégés de leurs millions.

De toute évidence, Jean-Bertrand Aristide n’appartient plus à la même classe sociale que ceux qui l’avaient porté au pouvoir. Le maintien de Jovenel Moïse en poste constitue une garantie sûre qu’il ne sera pas inquiété par rapport aux millions qu’il avait détournés des caisses publiques et par ses nombreux anciens partisans qui ont été allégés de dizaines de millions de dollars d’économie. Quant au peuple haïtien, ses intérêts se trouvent dans le départ «immédiat et sans condition» du président décrié. Pour y parvenir, aucun sacrifice n’est trop grand. La voie la plus courte et la plus directe, en sus d’être celle prévue par la Constitution, passe par la Cour de cassation !


cet article est publié par l’hebdomadaire Haïti-Observateur édition du 13 novembre 2019 Vol. XXXXIX No.44, et se trouve en P. 10 à : http://s-dd.ca/wp-content/uploads/2019/11/H-O-13-novemb-2019.pdf