L’entente de Mirebalais ne Fait pas l’Unanimité au Sein de l’Opposition par Editor

ÉDITORIAL

  • L’entente de MIREBALAIS ne Fait pas l’Unanimité au Sein de l’OPPOSITION par Editor

Les observateurs politiques et la presse haïtienne brandissent l’«entente» trouvée à Mirebalais comme l’union des opposants au régime Tèt Kale autour d’un projet commun, en tout premier lieu la fin du régime dirigé par Jovenel Moïse. Mais on n’a pas besoin d’une analyse profonde de l’attitude des acteurs pour constater que, nonobstant les adhésions exprimées, l’unanimité n’est pas trouvée. On ne peut, dès lors, prétendre que la bonne recette est finalement acquise pour lancer le pays vraiment sur la voie du changement tant prôné et auquel aspire ardemment le peuple haïtien.

Les organisateurs de la rencontre du dimanche 8 septembre ainsi que les participants se déclarent satisfaits des sujets débattus et de la volonté exprimée d’avancer ensemble et ex- primant les mêmes idéaux dans la lutte pour débarrasser le pays du carcan du PHTK. Quasi unanimement, les participants enjoués se croient autorités à se proclamer «opposition plurielle», satisfaits d’avoir trouvé l’«entente» longtemps recherchée et d’être finalement en mesure de dégager une «alternative consensuelle». Dans la mesure où l’absence de ces éléments dans la lutte pour le renversement des imposteurs au pouvoir constituait les grandes préoccupations des uns et des autres, ce sentiment de satisfaction proclamé prend une allure légitime. Toutefois, dans l’expression même de ce témoignage se dégage l’obstacle à cette «unification» de l’opposition.

En effet, dans son intervention pour féliciter la réalisation de cette rencontre, l’avocat André Michel, le porte-parole du Secteur démocratique et populaire, et l’un des architectes de cette réunion, s’inspire du message de Jésus-Christ pour faire valoir le travail qui reste à faire. «Le berger doit quitter le troupeau pour aller chercher la brebis égarée». Aussi, a-t-il précisé, «Nous allons œuvrer pour chercher ceux qui n’ont pas encore signé l’alternative».

Signalons que la plupart des grands partis et formations politiques du pays étaient présents à la rencontre de Mirebalais. Mais Lavalas brillait par son absence, l’un des rares organisations de poids à bouder ce congrès. Voilà la pierre d’achoppement à laquelle se trouve heurtées en permanence les forces d’opposition. Dans le cadre de la mobilisation lancée au cours de ces derniers mois, Jean-Bertrand Aristide et son parti politique reviennent toujours à la rescousse de Jovenel Moïse et de PHTK en tant que casseurs du mouvement oppositionnel. Tout semble indiquer qu’en s’absentant de Mirebalais, le prêtre défroqué et ses ouailles affichent, une fois de plus, leur intention de manifester leur solidarité indirectement à Jovenel Moïse et PHTK. Surtout que, dans son message de félicitations pour la réussite de la rencontre du dimanche, André Michel a énuméré les conditions nécessaires pour adhérer à cette «grande unité».

Selon le porte-parole du Secteur démocratique et populaire, ceux qui veulent se joindre à ce mouvement large doivent remplir quatre conditions. 1) Ceux qui sont d’accord pour que Jovenel Moïse quitte le pouvoir ont leur place dans ce mouvement. 2) Ceux qui souscrivent à l’idée de mettre sur pied une transition différente de celles qui ont été déjà proposées, c’est-à-dire une transition où la corruption et la franchise douanière n’ont point leur place, sont les bien- venus. 3) Ceux qui sont d’accord pour la tenue du procès PetroCaribe y ont leur place. Cela signifie aussi que tous ceux qui ont des comptes à rendre dans le dossier PetroCaribe, tels que Michel Martelly, Jovenel Moïse, Jocelerme Privert, Wilson Laleau, Yves Germain Joseph, Marie-Carmelle Jean-Marie, Laurent Salvador Lamothe et consorts n’ont pas leur place dans l’unité que nous construisons. 4) Tous ceux qui adhèrent au projet d’une conférence nationale haïtienne souveraine, dans une entente visant à jeter les bases pour la construction d’un autre pays appartenant à tous, en même temps que nous démolissons le système d’exploitation, appartiennent à cette grande unité.

Plus loin, dans son intervention, André Michel affirme que le mouvement qui se dégage de cette entente ne fait acception de personne. Sont admis toutes les composantes sociales et variétés épidermiques, les riches aussi bien que les pauvres, les citadins de même que les paysans.

Tout en constatant l’absence d’autres formations politiques, en dehors de Lavalas, il faut reconnaître que l’événement de Mirebalais, ce dimanche 8 septembre, constitue une première dans l’histoire de l’opposition à un régime en place. Il faut remonter aux événements qui cul- minèrent à la chute de la dynastie des Duvalier, le 7 février 1986, pour constater une telle galvanisation de l’opposition démocratique. C’est, d’ailleurs, ce constat qui porte les organisateurs à se féliciter d’avoir, enfin, trouvé la recette capable de rallier tous les secteurs opposés au régime PHTKiste et à croire que les indécis finiront par emboiter le pas.

Certes, les militants venaient des dix départements géographiques du pays et de la diaspora pour se converger à Mirebalais. Et le profil des participants fait vraiment penser que presque tout le pays était au rendez-vous. Comme cela se voit en regardant les foules drainées par les manifestations qui se sont déroulées à travers le pays depuis le déclenchement de la mobilisation des pétrochallengers.

Aussi, pour la première fois, les deux Chambres législatives se sont manifestées ouvertement, et d’un commun accord, dans la campagne anti-Jovenel Moïse. Par exemple, les députés Abel Descolines et Printemps Bélizaire ont fait chorus avec l’ex-parlementaire Hughes Célestin pour encourager les indécis à entrer dans la bataille. Pour sa part, le sénateur Youri Latortue, figure de proue dans la contestation ouverte avec le président Moïse et son équipe, s’est adressé aux membres de son parti politique, Atibonit An Aksyon (AAA), et aux participants en général les exhortant à porter bien haut l’étendard de l’opposition. Même chose pour les sénateurs Nenel Cassy et Évalière Beauplan, longtemps identifiés à l’opposition. Aussi bien que l’ex-sénateur Kelly Bastien; sans oublier le sénateur Saurel Jacinthe, un allié de Jovenel Moïse, jusqu’à tout récemment, quand il a proclamé sa rupture avec lui, déclarant qu’il ne supporte plus un gouvernement de bandits. Ces derniers exhortent les militants à reprendre les manifestations, cette fois pour de bon, jusqu’à la chute du régime en place.

Certes, d’autres secteurs, qu’on croyait avoir des affinités avec l’opposition, n’ont pas répondu présent à Mirebalais, notamment l’Organisation du peuple en lutte (OPL), Fusion des sociaux démocrates et Regroupement des démocrates nationaux progressistes (RDNP) du défunt professeur Lelsie F. Manigat. Les organisateurs de la rencontre de Mirebalais pensent que l’intensité de la mobilisation qui s’annonce finira par les attirer. Mais il y a peu d’espoir que l’ex-président Jean-Bertrand Aristide sortira de ses réserves.

À moins que des événements nouveaux portent le prêtre défroqué à changer son fusil d’épaule, il risque de rester prisonnier des contingences politiques qui sont susceptibles de déterminer ses décisions. Car les principaux cris de ralliement autour de la mobilisation anti-Jovenel Moïse, essentiellement la tenue du procès PetroCaribe, effrayent au plus haut point M. Aristide. Sachant que le rapport Denis évoquant les détournements de fonds qu’il a commis au détriment de la Téléco et d’autres institutions de l’État, sont susceptibles de déclencher la demande de poursuites contre lui aussi, il préfère se retrancher dans l’inaction plutôt que de mettre sa sécurité en péril.

De toute évidence, on n’a pas encore trouvé les conditions susceptibles de rassurer le baron de Tabarre par rapport à ces éventuelles revendications. Et rien n’incite à croire que le chef à vie de Lavalas changera de stratégie. Voilà ce qui rend impossible l’unanimité au sein de l’opposition dans la lutte pour la mise à la porte de Jovenel Moïse. À moins que l’objectif soit atteignable sans lui et le monde Lavalas


cet article est publié par l’hebdomadaire Haïti-Observateur, édition du 11 septembre 2019 Vol. XXXXIX no.36, et se trouve en P.10 à : http://s-dd.ca/wp-content/uploads/2019/09/H-O-11-septembre-2019.pdf