La relance de la mobilisation anti-Jovenel Moïse par Léo Joseph

RENDEZ-VOUS À MARMELADE DES FORCES VIVES D’HAÏTI

  • La relance de la mobilisation anti-Jovenel Moïse par Léo Joseph
  • Le CORE Groupe était présent…

Après de nombreuses tentatives infructueuses de forger un accord pour lancer la mobilisation anti-Jovenel Moïse, sur une base rationnelle, les forces de l’opposition croient avoir trouvé la bonne recette. Des militants des dix départements géographiques du pays et ceux de la diaspora se sont réunis à Mirebalais, dans le Plateau-Central, dimanche (8 septembre) pour s’entendre sur une stratégie unitaire capable de rendre la victoire possible. La présence des représentants du CORE Group pourrait bien donner un sens nouveau aux démarches de l’opposition démocratique, en vue de la libération du pays de griffes de PHTK. Les organisateurs de cette rencontre, une des rares du genre dans les annales politiques haïtiennes, se félicitent d’avoir finalement regroupé des vingtaines de partis politiques, de groupements, des fédérations et des personnalités, dans un contexte de réflexions, sous le signe de l’entente, de la concorde et du respect mutuel. Les participants, unis par le même objectif du départ du régime pourri, inefficace, corrompu et décrié de Jovenel Moïse, qui sera acculé à remettre les clés du Palais national, par le soulèvement populaire, lassera le pouvoir entre les mains d’un président issu de la Cour suprême, la plus haute instance judiciaire du pays.

Le document sur lequel s’entendent les participants et qu’ils ont signé, en signe d’adhésion à sa teneur, prévoit le départ immédiat et sans condition de Jovenel Moïse, définissant les conditions que doit réunir ce juge de la Cour de cassation qui doit émerger. Soit : « avoir été régulièrement nommé et être politiquement désintéressé, intégrité, bonne réputation et n’avoir aucune appartenance politique connue ».

L’entente conclue indique aussi le profil du citoyen qui remplira le rôle de Premier ministre. Il doit être « issu de l’opposition qui regroupe tous les secteurs de la vie nationale qui se sont clairement exprimés pour le départ de Jovenel Moïse. En outre, il/elle doit avoir une expérience avérée et ne pas être impliqué (e) dans aucun crime financier, notamment dans le dossier PetroCaribe».

Le document constitue une vraie feuille de route pour la mise en place du prochain gouvernement, dont l’intronisation entraîne automatiquement la caducité des deux Chambres législatives. L’administration, qui assure la gestion de la République, sur une base intérimaire, durant trois ans, créera les conditions pour la tenue d’élections démocratiques, inclusives et libres.

D’une manière générale, l’opposition au régime Tèt Kale, toutes tendances confondues, excepté ceux qui ont opté pour bouder l’événement ou qui ont commis l’erreur de n’en avoir pas saisi la portée et de le banaliser, sont repartis revigorés pour relancer la mobilisation.

Le CORE Group était présent

Il semble que la grande majorité des représentants de la presse haïtienne n’a pas remarqué la présence de diplomates étrangers à cette réunion. On a appris que les ambassades des États-Unis, de France et du Canada, tout au moins, s’étaient fait représenter. Un observateur a déclaré les avoir vus applaudir les intervenants dont les points de vue ont été particulièrement percutants et bien accueillis. Selon une source proche des organisateurs de la rencontre de Mirebalais, il a été conseillé à ces derniers d’inviter le CORE Group à la réunion. Après un premier geste d’hésitation affiché initialement, la suggestion a été favorablement reçue.

Rappelons que dans les interventions, face à la mobilisation visant à forcer la démission de Jovenel Moïse, les diplomates étrangers, notamment les représentants des États-Unis, de France, du Canada et de l’Union européenne objectent à l’idée du départ du président haïtien avant la fin de son mandat. Dans leurs raisonnements, ces diplomates rappellent toujours que Jovenel a été «élu» parle peuple haïtien, il appartient à ce dernier de mettre fin à son mandat. Parfois ils émettent des communiqués déclarant que le pouvoir s’acquiert par le truchement des élections. Ce qui semble signifier que le peuple haïtien doit continuer à subir Jovenel Moïse jusqu’à ce qu’un autre président soit élu à sa place.

La présence des représentants de ces ambassades à Marmelade devrait retenir l’attention des observateurs. Il faut suivre de près la manière dont elles font le suivi de leur participation à cette importante réunion. Il y a lieu de surveiller de près leur discours, face à la mobilisation qui doit reprendre prochainement. Car depuis les dernières manifestations de rue, à Port-au-Prince, de nouveaux scandales ont éclaté impliquant Jovenel Moïse et son équipe dans des actes de corruption.

On peut citer, par exemple, l’affaire de la Banque de la république d’Haïti avec Agritrans, la firme de production de banane de Jovenel Moïse et son entreprise nouvelle née, la SOFIDAI, bénéficiaire d’un prêt de USD 100 millions $ quasiment sans condition, au taux de 1 %, alors que M. Moïse et sa compagnie octroient des emprunts aux agriculteurs au taux de 6 %.

Le dernier scandale en date est celle impliquant Magalie Habitant, qui passe pour être la tirelire personnelle de Jovenel Moïse avant même son accession à la présidence. Détentrice d’un total de 19 comptes en banque, le rapport mené sur ces comptes indique que Mme Habitant brasse de fortes sommes d’argent que ses activités commerciales et professionnelles ne peuvent en aucun cas supporter. Assurément il y a lieu de dénoncer des actes de blanchiment d’argent, ou de corruption ou encore de blanchiment des avoirs, ou bien les trois en même temps.

Après le méga scandale du Fonds PetroCaribe, suivi de l’affaire Dermalog, des kits scolaires et sanitaire auxquelles s’ajoute le dossier de la BRH, il y a de quoi s’interroger sur l’aptitude de Jovenel Moïse à gouverner le pays. Les pays où l’intégrité administrative et la bonne gouvernance sont la norme, et la corruption est tenue à distance, il faut se demander pourquoi ces pays tolèrent-ils un tel délinquant.


cet article est publié par l’hebdomadaire Haïti-Observateur, édition du 11 septembre 2019 Vol. XXXXIX no.36, et se trouve en P.1, 9 à : http://s-dd.ca/wp-content/uploads/2019/09/H-O-11-septembre-2019.pdf