Jovenel Moïse et ses alliés politiques, des candidats potentiels… à La Haye

Jovenel Moïse et ses alliés politiques, des candidats potentiels à des poursuites à La Haye par Editor

Les violations de la Constitution et des lois du pays par les différents régimes haïtiens dénoncés dans de telles dérives se ressemblent en ce sens que les responsables agissent en fonction de leurs instincts criminels. D’une atrocité à l’autre, ils prennent tous, goût à multiplier leurs forfaits commis contre leurs ennemis politiques. Dans l’histoire moderne de la République, les Duvalier se signalent à l’attention des observateurs. De même que Jean-Bertrand Aristide. Et Jovenel Moïse ainsi que Michel Martelly n’échappent pas à la règle. Pour décourager d’autres dirigeants à s’engager dans ces mêmes pratiques, il faut absolument tracer un exemple. Car ces genres de forfaits inexpiables se situent dans la catégorie de crimes contre l’humanité.

En attendant que soit mise en branle l’action publique en vue d’investiguer les crimes perpétrés par les Duvalier, père et fils, aussi bien que ceux imputés au prêtre défroqué il est opportun de se pencher sur ceux commis par Michel Martelly et Jovenel Moïse. De dates récentes, les témoins sont facilement joignables, et les évidences encore facilement disponibles. Sans y aller de main morte. Car, tout comme les dilapidateurs de fonds publics, qui jouissent encore de l’impunité, si la justice s’était lancée après les derniers chefs d’État et leurs complices accusés de crimes, ils auraient mis une sourdine à leur instinct d’assassins et imposer quelque retenue à leurs réflexes criminels.

D’entrée de jeu, il faut reconnaître que les crimes commis dans les quartiers défavorisés, notamment de Port-au-Prince, sous les régimes PHTKistes, tombent dans la catégorie classique de crimes contre l’humanité. Ce qui s’explique dans les textes de loi internationale comme étant une « violation délibérée et ignominieuse des droits fondamentaux d’un individu ou d’un groupe d’individus inspirée par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux ».

En effet, les assassinats perpétrés à La Saline, à Carrefour Feuilles, à Grand Ravine, à Cité Soleil et à d’autres quartiers assimilés à des zones de non-droit, ont été attribués à des gangs armés se livrant à des affrontements interclans. Mais cette explication est accréditée par les autorités soucieuses d’éloigner les suspicions des vrais auteurs, en l’occurrence, les gangs chargés d’exécuter leurs sales besognes. Car, en réalité, les victimes des malfrats, abattus comme des canards sauvages, appartiennent à la catégorie de citoyens systématiquement opposés à la politique gouvernementale. De toute évidence, les opérations répressives menées par les criminels à la solde du pouvoir ont l’allure de représailles contre des jeunes accusés d’avoir jeté des pierres sur le cortège présidentiel, ou qui auraient commis des actes jugés irrévérencieux à l’égard des membres du gouvernement.

Aucun ne doute que les assassinats perpétrés dans les bidonvilles de la capitale soient liés au Palais national. Des faits concordants autorisent de telles accusations. Par exemple, le téléphone de Ti-Je, chef de gang tué lors d’un affrontement avec la Police, confisqué, avait permis de repérer des conversations tenues entre le défunt et des proches collaborateurs du président Jovenel Moïse. Auparavant, sur le téléphone du chef de gang de Village de Dieu/Marchand-Dessalines, saisis par la PNH, lors d’une tentative de le capturer, avait permis d’écouter des conversations qui faisaient croire que le sénateur Gracia Delva s’était entretenu à plusieurs reprises avec Joseph. Par contre, d’autres conversations de ce dernier également trouvées sur son téléphone, suite à son arrestation à l’Hôpital Lumière, à Bonne Fin (non loin de la ville des Cayes), dans le sud d’Haïti, ne font que corroborer les bonnes relations qui ont existé entre le même sénateur et le puissant chef de gang désormais aux mains de la Police. Mieux encore, le téléphone de ce dernier a révélé, entre autres, que le sénateur Delva jouait le rôle d’intermédiaire entre le chef de gang et le président Moïse lui-même; et que celui-là soignait ses relations avec l’ex-président Michel Martelly par le truchement d’un agent de sécurité rapproché de ce dernier.

Tout cela prouve que ce membre du Grand Corps, qui est proche du chef de l’État, entretenait de bonnes relations avec le criminel le plus recherché par la Police nationale, avant qu’il ne soit capturé. On peut alors conclure que « deux quantités égales a une troisième sont égales entre elles ». Cela signifie que de par leur comportement et la collaboration qu’ils se vouent entre eux, Jovenel Moïse, Gracia Delva et Arnel Joseph se valent. Avec d’autres membres du gouvernement liés aux activités criminelles dénoncées, ils forment une bande de malfaiteurs qui multiplient les crimes contre les paisibles citoyens.

À la lumière de témoignages relatifs à d’autres chefs de gang se dégagent la réalité selon laquelle presque tous les criminels qui font la loi dans les zones dites de non-droit, se livrant au kidnapping contre rançon, semant le deuil dans les familles et entretenant l’insécurité dé pendent du gouvernement. Puis que ce dernier les pourvoit en armes et munitions, en sus de payer leurs salaires. De telle sorte qu’on dirait que les gangs armés font pendant aux forces de sécurité que les autorités ont à leur disposition. Et si rien n’est fait pour rectifier la donne, les gangs finiront par avoir le dessus sur la Police nationale, comme les Tontons-Macoute de François Duvalier qui avaient presque éclipsé les Forces armées d’Haïti.

L’insécurité, qui bat son plein en Haïti, sous le gouvernement de Jovenel Moïse maintenant, et de Martelly avant lui, particulièrement les massacres perpétrés dans les bidonvilles de la capitale, mais d’une manière exclusive, la tuerie orchestrée à La Saline, retient l’attention de la Commission des droits humains des Nations Unies. Car, dans son dernier rapport sur le phénomène de l’insécurité, elle dénonce sans appel le carnage perpétré dans ce quartier, dénonçant le silence observé par le gouvernement à l’égard de ce crime, et demandant avec force que les coupables soient identifiés et punis conformément à la loi.

Si le rapport de l’ONU sur le massacre de La Saline n’a pas cité nommément les proches du président Moïse accusés d’implication directement dans ces tueries, les enquêteurs de l’organisme mondial n’ignorent pas pour autant leur identité. Il semble que le document élaboré en ce sens soit documenté pour être soumis, au besoin, à qui de droit, dans le cadre d’une poursuite éventuelle des auteurs de ces crimes à la Cour internationale de La Haye, en Hollande.

En effet, dans les milieux diplomatiques proches de l’ONU allusion est faite à l’indifférence affichée par les autorités haïtiennes, y compris le président et ses plus proches collaborateurs, à l’égard de ces tueries odieuses. C’est pourquoi, les autorités onusiennes ne croient pas qu’une action en justice contre les hommes proches de la présidence, accusés de participer directement au massacre de La Saline, soit possible sous l’actuel gouvernement Tet Kale.

 C’est pourquoi, dans ces mêmes milieux, l’idée est fortement entretenue de soumettre le dossier de La Saline au Tribunal de La Haye pour examen, afin de mener une enquête qui permettra de fixer les responsabilités. Une initiative qui aboutira, sans doute, à l’inculpation de certaines personnalités gouvernementales, sans exclure le chef de l’État lui-même, dont la proximité avec les chefs de gang ayant perpétré ce carnage, et d’autres encore, n’aurait permis qu’ils agissent en laissant M. Moïse dans l’ignorance de tels faits.

Même si rien n’est dit encore concernant une éventuelle citation des dirigeants haïtiens devant cette haute instance internationale de justice, il faut s’attendre à ce que l’inaction des autorités haïtiennes, dans l’affaire de La Saline, déclenche un procès contre tous les violateurs des droits humains, le président en tête de liste.


cet article est publié par l’hebdomadaire Haïti-Observateur, édition du 7 août 2019 VOL. XXXXIX, no. 31 et se trouve en P.10 à : http://s-dd.ca/wp-content/uploads/2019/08/H-O-7-aout-2019.pdf