L’Affaire PetroCaribe : le Modèle Jean-Max Bellerive par Editor

L’Affaire PetroCaribe : le Modèle Jean-Max Bellerive par Editor

Cela fait déjà plus de huit ans qu’Haiti-Observateur dénonce Jean Max Bellerive, ex-premier ministre de feu le président René Préval, pour avoir été partie prenante de la dilapidation du Fonds PetroCaribe. Durant toutes ces années, il n’a jamais rompu le silence, excepté une ou peut-être deux fois, en passant, pour exprimer son innocence, mais sans jamais donner dans une plaidoirie agressive pour tenter de se défendre.

Mais à la suite de la publication du deuxième rapport d’audit des milliards de dollars générés par la vente des produits pétroliers livrés par le Vénézuéla, M. Bellerive se distingue de tous les hauts fonctionnaires de l’État et des entreprises épinglés, d’abord dans les rapports Latortue et Beauplan, et maintenant dans celui de la Cour supérieure des comptes et du Contentieux administratif (CSC/CA).

En effet, quelle que soit l’opinion qu’on avait de Jean Max Bellerive, il faut commencer par le voir à travers un nouveau prisme. Car, dans une interview qu’il a accordée au média en ligne Gazette Haiti News, édition du 17 juin 2019, il présente le profil d’un homme d’État tout à fait différent de ce qu’on pensait. Les paroles qu’il a dites font de lui une espèce rare parmi les premiers ministres, ministres, directeurs généraux et autres hauts fonctionnaires de l’administration publique dénoncés comme étant des voleurs de deniers publics; mais aussi des directeurs d’entreprises ayant participé au vol et/détournement des plus de USD 4,2 milliards $. Une somme fabuleuse (vu la taille de l’économie d’Haïti) qui aurait pu servir à changer la face du pays et améliorer les conditions de vie des citoyens.

Dans sa prise de position, dans l’affaire PetroCaribe, empreinte d’humilité et de contrition, il se différencie totalement du président haïtien, Jovenel Moïse, qui affiche, non seulement une arrogance mal placée, mais multiplie les moyens, directement ou indirectement, pour dénoncer le verdict des juges de la CSC/CA. Il a même organisé et lancé des bandes de criminels pour kidnapper des vérificateurs de cette institution, dans l’exercice de leurs fonctions; ou encore il a lâché ses malfrats contre des manifestants exigeant, avec justice, sa «démission immédiate» et sa soumission à la justice. Sans oublier les attaques qu’il a lancées contre ceux qui demandent que les dilapidateurs du Fonds PetroCaribe soient poursuivis en justice et condamnés à restituer l’argent volé avant d’atterrir en prison.

Quant à M. Bellerive, sans langue de bois, ni fioritures de style, il s’est déclaré «prêt à me présenter devant la justice». Dans l’interview exclusive à Gazette Haiti, l’ancien Premier ministre de Préval souligne que son nom est cité «23 fois dans le rapport et que je prépare ma défense». Réagissant différemment de Moïse et de ses associés, par rapport au rapport de la CSC/CA, dans la plus grande conspiration pour voler les fonds publics depuis l’indépendance, il continue sur la même lancée. Interrogé sur le bien-fondé des jugements portés dans le document, il déclare n’avoir «aucun droit de m’attaquer au Tribunal administratif de mon pays dans les médias».

Dans ce même ordre d’idées, il semble même avoir la velléité de prodiguer des conseils aux autres individus accusés, y compris, bien sûr, au président Jovenel Moïse, le propriétaire des deux compagnies Agritrans et Betexs accusées dans le rapport. Aussi, fait-il remarquer encore dans l’interview : «Le mieux que tous les citoyens ou compagnies indexés puissent faire c’est de se mettre a la disposition de la justice pour se justifier». Dans ses réflexions sur les accusations portées par les juges de la CSA/CA, sa position se précise encore davantage. Il se dit être «partisan de la lutte pour la reddition de comptes et soutiens la lutte que mène la population , ajoutant qu’«avec mon cabinet d’avocats, je travaille sur chacun des reproches ou accusations qui me sont faits, afin d’assurer ma défense».

Jean Max Bellerive ne laisse aucun doute, quant à son opinion par rapport à la légitimité des décisions des juges de la CSC/CA relatives aux anciens hauts fonctionnaires de l’État accusés de vol du fonds PetroCaribe, indiquant que, en ce qui le concerne, le procès, que ses anciens collègues des six gouvernements, sous quatre présidences, impliqués cherchent à envoyer aux oubliettes, constitue le seul moyen de se «justifier». C’est pourquoi il ajoute : «Si je suis reconnu coupable, je paierai pour cela et me libérer de tout cela, et reprendrai ma vie normalement si je suis innocent».

Par contre, on se rappelle comment avaient réagi les personnes indexées dans les deux rapports précédemment diffusés par les sénateurs Youri Latortue et Évalière Beauplan, qui avaient piloté les deux enquêtes ordonnées par la Commission éthique et anticorruption du Sénat. Lors d’une réunion tenue l’année dernière dans un night-club au Cap-Haïtien, avec la participation des sénateurs Youri Latortue et Antonio Cheramy, dit Don Kato, à l’intention des jeunes de la deuxième ville du pays, sur l’affaire Petro Caribe, s’était produite une attaque à la bombe lacrymogène commanditée par des hommes et femmes accusés de dilapidation de ce compte, attaque qui avait occasionné la mort d’un citoyen et causé au moins six blessés.

Mais une fois rendu public le second rapport d’audit de la CSC/CA sur l’usage du Fonds PetroCaribe, dont les conclusions lèvent le voile sur une vaste opération de détournement de fonds impliquant plusieurs ministres, six gouvernements, quatre présidents, y compris Jocelerme Privert et Jovenel Moïse, ce dernier s’est donné pour tâche de discréditer le document.

En effet, M. Moïse, qui a passé quasiment les vingt-huit premiers mois de son administration à combattre systématiquement les démarches visant la reddition de comptes et la mobilisation de l’action publique contre les voleurs de PetroCaribe, est fortement épinglé par les juges de l’institution de contrôle. Ses deux compagnies, Agritrans et Betexs, sont accusées d’avoir bénéficié, sans appel d’offres, de deux contrats séparés pour le même ouvrage. Voici ce que dit le rapport : «Les juges ont découvert qu’en 2014, pour le même chantier de réhabilitation de route, l’État a signé deux contrats avec deux entreprises aux noms distincts, Agritrans et Betexs, mais qui partagent notamment le même matricule fiscal et le même personnel technique≫. Et aux juges de prononcer leur sentence : «Le président haïtien (est) accuse d’être au cœur d’un stratagème de détournement de fonds».

Mais, non content de se battre contre la grande majorité des 12 millions d’Haïtiens réclamant sa démission, Jovenel Moïse prend des dispositions pour livrer le pays à feu et à sang, non seulement pour s’agripper au pouvoir, mais encore et surtout pour éviter de payer le prix de sa forfaiture.

En clair, Jean Max Bellerive, contrairement à Jovenel Moïse et ses alliés, dans le scandale PetroCaribe, a su sortir, du profond de lui-même, les bons mots au bon moment.

En disant «[Je suis] partisan de la lutte pour la reddition de comptes et soutiens la lutte que mène la population», l’ancien Premier ministre s’inscrit dans un monde tout à fait différent de celui de ses collègues. Si ces paroles sont sincères et se traduisent en actions concrètes, il deviendra le symbole de la repentance et de l’amour qu’il professe pour son pays; et, du même coup, méritera de l’admiration de ses concitoyens. Chapeau, Jean Max Bellerive ! Un modèle à suivre !


cet article est publié par l’hebdomadaire Haïti-Observateur, édition du 19 juin 2019 No. 25 et se trouve en P.10 à : http://s-dd.ca/wp-content/uploads/2019/06/H-O-19-juin-2019.pdf