La convention nationale, non merci. … par Dr. Gérard Étienne

LA RENAISSANCE D’HAÏTI

  • Contre le totalitarisme
  • La convention nationale, non merci. par Dr. Gérard Étienne

Incapable de dépasser les contradictions qu’engendre l’une des pires crises de l’histoire du féodalisme haïtien, ne sachant où donner de la tête, devant le délabrement d’une colonie où toutes les institutions ont été sinon sauvagement détruites, du moins corrompues, certains compatriotes proposent comme première étape d’un travail à long terme de reconstruction républicaine.

une convention nationale.

D’abord, dans cette proposition, je décèle les signes de faiblesse, de lâcheté, de veulerie, c’est-a-dire l’incapacité de se démarquer carrément, totalement, du monarque de Tabarre J.-B. Aristide et de son mouvement lavalas pour prendre en main le destin d’un pays dont la souveraineté a été troquée pour le pouvoir absolu. Ensuite je déclare que, quelle que soit la bonne volonté des leaders de certains groupes ou mouvements politiques, rien, absolument rien, ne pourra changer la face lépreuse de l’arrière-cour de Bill Clinton tant qu’il y aura sur le terrain comme maîtres et seigneurs des individus dont les mains sont tachées du sang des innocentes victimes, telle notre Mireille Durocher Bertin qui n’avait pour défense que son patriotisme et son courage.

Le complexe de crabes…

On m’objectera la nécessité historique d’un regroupement de forces on mesure de soumettre au peuple haïtien et aux Blancs qui décident pour nous une alternative de gouvernement opposé à celui des Lavalassiens, j’accepterai ce regroupement, sans aucune hésitation. Je reconnais, en effet, le devoir civique de tous les partis d’opposition (non lavalassiens) de tous les groupes populaires (non lavalassiens) de tous les groupes de pression (non lavalassiens) de se réunir autour d’une table et de faire travailler la matière grise jusqu’a l’écriture d’une plate-forme gouvernementale dont les principaux objectifs seront nationaux, techniques et non politiques. Une telle rencontre peut déboucher sur des résultats qui peuvent étonner cette communauté internationale selon laquelle nous ne possédons pas les dispositifs intellectuels pour nous gouverner nous-mêmes. Et si cette rencontre tarde à se concrétiser c’est que nombre de leaders souffrent du complexe de crabes et pire, portent en eux les mêmes bactéries qui ont produit Aristide et ses lavalassiens.

A cette considération s’ajoute une autre, cette fois-ci stratégique, la mise en quarantaine d’un mouvement politique qui a assassine et la gauche haïtienne et le pays d’Haïti. Et ceci sur tous les plans. Organiser une conférence nationale ou les partis aristidiens et lavalassiens (quelle que soit leur dénomination) seront des membres a part entière, c’est permettre a ces partis de retrouver une certaine crédibilité aux yeux de la Maison Blanche et des laquais dépendants de l’impérialisme nord-américain; c’est leur permettre de remonter a la surface au moment justement ou ils se meuvent au fond du gouffre, ayant partout perdu la confiance aussi bien populaire qu’internationale. Ils ont voulu le pouvoir; ils l’ont acquis par la ruse et par la désinformation. Et maintenant leurs chefs immédiats reconnaissent leur incompétence et surtout cette gangrène de la corruption doublée de l’insécurité installée au pays par les guérilleros d’Aristide dont le salaire oscille entre 500 et 600$ U.S. par mois.

Un pacte avec le diable

Enfin, on courrait des risques qui peuvent nous empêcher de voir le bout du tunnel en travaillant, avec des lavalassiens,* un projet politique. Ces apatrides, en noyant la conférence avec leurs analphabètes, peuvent la dévier de ses objectifs, car ils sont intéressés par une guerre civile. Et puis, même superficiellement divises, les lavalassiens, demain matin, peuvent trouver une certaine cohérence au cas ou émerge d’un ensemble politique, une force qui peut se présenter comme line réelle alternative aux forces lavalassiennes. 

Des politiciens véreux comme Gérard Pierre-Charles feront, s’il le faut, un pacte avec le diable plutôt que de perdre un pouvoir qu’il n’a pas été capable de posséder en tant que marxiste-léniniste. II a préféré se convertir en personnaliste chrétien pour être, aujourd’hui, 1’un des hommes forts d’Haïti.

Les dissidents de l’extérieur au mouvement lavalas ont beaucoup souffert. Ils ont verse leur sang et leur exil se poursuit encore. Ils sont prêts a faire des sacrifices pour Haïti, mais par avec des voleurs, des assassins, des exploiteurs du peuple. L’heure des Lavalassiens a sonné. S’ils n’ont pas assez de dignité pour laisser aux autres le soin de prendre en main le sort de la patrie, alors le peuple et leurs maîtres blancs leur régleront leur compte et ceci plus tôt que prévu.


Cet article est publié par l’hebdomadaire Haïti-Observateur, édition du 16 juillet 1997 vol XXVIII no. 29, P. 1, 16 et se trouve à : http://s-dd.ca/wp-content/uploads/2019/07/H-O-16-juillet-1997getienne.pdf